Millennials : 75% des actifs en 2025 !

Interview Céline ParsoudRetour sur le cours Décrypter les générations Y et Z avec Céline Parsoud, présidente de WoMen’Up – Entretien exclusif.

Parlez-nous de WoMen’Up, que faites-vous ?

WoMen’Up est la première association mixte qui mêle les questions de genre et de générations, créée par Emmanuelle Duez en 2011. L’association est née d’un constat : en entreprise, femmes et jeunes générations, même combat ! En 2012, nous réalisions la première enquête internationale sur la Génération Y. Elle révélait que derrière les aspirations portées par cette génération – équilibre vie professionnelle / vie personnelle, flexibilité au travail, méritocratie – se cachaient en réalité les attentes des femmes depuis des dizaines d’années.
Depuis nous menons une double mission. Celle d’alerter et sensibiliser ces jeunes bercé(e)s d’illusions avant même leur entrée dans la vie active sur la réalité de l’égalité Femmes/Hommes en entreprise. Celle, surtout, de faire bouger les lignes, d’aller interpeller les entreprises sur les politiques de mixité : il n’est plus seulement question des femmes, mais désormais aussi des jeunes, le tout dans un contexte de guerre des talents et de désengagement des jeunes générations. De quoi susciter l’intérêt !
L’association s’est progressivement structurée autour d’un Think Tank qui est à l’origine de la plupart de nos travaux, de nos évènements et des collaborations avec nos partenaires. Puis autour d’un Incubateur de Talents, La Fusée, qui forme chaque année une quarantaine de jeunes et dont la nouvelle promotion sera lancée en janvier 2018. Plus récemment, nous avons lancé une plateforme Media afin de donner la parole aux jeunes générations sur nos principaux sujets : Mixité, Entreprise, Société.

Pourquoi avoir décidé de faire un cours sur les générations Y et Z ?

Ce Mooc est le prolongement de notre volonté de sensibiliser le plus grand nombre autour de ces sujets. Depuis un an, nous avons lancé ce Media Collaboratif que nous avons pensé comme une tribune des jeunes générations et qui nous permet de diffuser nos messages de manière plus large. Ce support nous permet également d’évoluer vers les enjeux sociétaux, notamment ceux qui concernent les droits des femmes. Nous sommes convaincus que les jeunes générations détiennent une fois de plus la clé de ces profonds changements à l’échelle de la société civile. Le format Mooc est bien évidemment au cœur des nouveaux modes d’apprentissage et de la bascule de la transmission du savoir. Nous savions que nous pourrions compter sur le savoir-faire et la méthode de Coorpacademy pour mettre en forme nos contenus avec une portée pédagogique.
Le sujet Générations Y / Z, disons Millennials dans le sens large du terme, est encore une vaste source de questionnement. On a entendu à peu près tout et son contraire sur les Millennials, car chacun y va de son interprétation. Ces générations énervent autant qu’elles fascinent. On m’a dit récemment « je vous déteste autant que je vous trouve géniaux ». Zappeurs, slasheurs, selfish… La jeune génération parait insaisissable voire contradictoire. Du point de vue de l’entreprise, c’est aujourd’hui un sujet indispensable pour des raisons très pragmatiques : cette génération représentera 75% des actifs en 2025, elle arrive en masse dans les entreprises et elle est en train de bouleverser tous les modes de travail. Il vaut mieux que l’atterrissage se fasse en douceur plutôt que de rester spectateur d’une collision entre deux mondes qui n’auront pas réussi à se comprendre.

Pourquoi est-il si important de décrypter ces générations ?

Ces générations de Digital Natives, nées avec le numérique, détiennent les clés de la transformation des entreprises. La transformation digitale, qui est en réalité moins technologique qu’humaine, doit utiliser l’outil digital comme moyen de revaloriser l’humain en entreprise. Il y a en quelque sorte une libération du travail qui est poussée par le digital et par les jeunes générations, mais qui correspond à des attentes complètement intergénérationnelles.
Quand on dresse le portrait des moins de 30 ans et de leurs attentes (le droit au bonheur, le besoin de transparence, d’authenticité, de confiance) c’est le portrait de l’entreprise de demain qui est en train de se dessiner. Ils sont en train de faire bouger les entreprises, de changer leurs cultures, de les remodeler à leur image : aplatissement des hiérarchies, redéfinition des lieux et des temps de travail et surtout quête de sens et de valeur au travail. Cette génération ne doit pas être vue comme le bélier qui vient se heurter à l’entreprise mais comme le moteur d’entreprises qui ne peuvent plus se permettre de rester figées.
Leur particularité tient principalement au fait qu’elles ont été élevées dans ce monde digital : un monde où tout bouge, où rien n’est définitif, un monde flexible, agile, transversal, interconnecté… Elles sont tout simplement le fruit de cette nouvelle donne en perpétuel mouvement : ce qui est certainement la raison pour laquelle elles sont si difficiles à capturer.
Il ne faut cependant pas céder aux idées simplistes et faire l’erreur de considérer les Millennials comme une catégorie homogène. S’il y a bien entendu une tendance de fond à l’échelle mondiale et surtout à l’échelle de l’entreprise, certaines conclusions doivent être relativisées sur leurs potentielles valeurs sociologiques. Tous les 18-35 ans ne sont pas des Y ou des Z !

Des personnes décrivent ces générations comme « capricieuses », que pensez-vous de cela ?

Je pense qu’elles devraient tout de suite aller voir notre Mooc ! Je pense ensuite qu’il n’y a rien de très nouveau dans ces « oppositions générationnelles ». Ce qui est aujourd’hui plus compliqué pour les générations précédentes, c’est qu’il y a eu une bascule, et ce, plus forte qu’auparavant : ce qui était vrai hier, ne l’est plus aujourd’hui et le sera encore moins demain. Hier, aujourd’hui et demain se situent dans un espace temporel beaucoup plus court. Le système dominant où l’ancien sait mieux que la jeune ne fonctionne plus, c’est même l’inverse. Il y a un renversement de pouvoir, un changement de culture, qui amènent à une vraie nécessité de créer des dialogues intergénérationnels pour apaiser ces mutations qui deviennent sources de crispations.
Les jeunes générations apparaissent comme plus « gâtées » car elles vivent pour la plupart dans un contexte plus évolué voire plus apaisé. Pourtant lorsqu’on regarde du côté des chiffres, on se rend compte que la jeunesse d’aujourd’hui, française du moins, est de plus en plus pauvre. On sait aussi que les modèles qui ont construit nos sociétés sont à réinventer et que cette responsabilité est la leur. Ces générations ont un énorme poids sur les épaules, l’urgence climatique notamment.
Au sein des entreprises, force est de constater qu’elles ne sont que les héritières du rapport difficile et sacrificiel qu’ont entretenu leurs parents avec le travail. Elles vont chercher à échapper à ce type de carrière et ne vont s’investir dans une entreprise que si elle est en accord avec leurs aspirations. Cette recherche « individualiste » de bonheur est souvent interprétée comme égoïste alors qu’elle fait appel à des valeurs profondément humanistes.
Enfin les jeunes générations de toutes les époques ont dû jongler avec les éternelles contradictions : « vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez » et « c’était mieux avant ». Si le progressisme est plus que jamais de mise, un peu de bienveillance intergénérationnelle sera nécessaire pour permettre à ces générations de changer le monde.

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