La curiosité : indicateur de performance des formations numériques

Curiosity (1)

Carla est curieuse et Iris ne l’est pas vraiment. Toutes les deux en revanche ont suivi votre cours en ligne. Savez-vous que l’une d’elles va intégrer les connaissances de ce cours mieux que l’autre ?

De quoi s’agit-il ?

À défaut d’une définition universelle de la curiosité, nous avons retenu les éléments suivants : la curiosité comme comportement poussant à l’exploration, la soif de comprendre de nouvelles choses, la recherche de stimulations nouvelles et le désir de trouver de nouvelles informations. Ce concept est fortement lié à la motivation intrinsèque, puisque la curiosité est une motivation n’impliquant aucune récompense tangible (cf. Kidd & Hayden, 2015 (1)). Au contraire, même : la recherche en neurosciences a pu démontrer que le déclenchement de la curiosité stimule les régions du cerveau qui sont responsables de l’anticipation de la récompense (cf. Kang et al, 2009 (2)).

Pourquoi s’intéresser à la curiosité dans le cadre de la formation numérique en entreprise ?

Souvent perçue comme un vilain défaut, parfois même dangereuse, la curiosité est en réalité une caractéristique issue de notre évolution. Les individus dotés de curiosité avaient en effet un avantage en termes évolutifs par rapport aux autres. La recherche a déterminé que la curiosité est associée à des capacités supérieures, y compris en ce qui concerne l’apprentissage. Ceci est lié à la fonction véritablement évolutive de la curiosité : la motivation pour acquérir de nouvelles connaissances. Ainsi, dans le cadre d’un test réalisé sur une à deux semaines, il a pu être remarqué que les individus avec un haut degré de curiosité retenaient mieux les informations  (cf. Kang et al, 2009 (2)). Comme vous l’aurez deviné, dans notre exemple cité plus haut, Carla la curieuse est donc plus à même d’intégrer des connaissances sur le long terme qu’Iris la moins curieuse.

Comment encourager la curiosité dans le cadre d’une formation en ligne ?

« C’est un miracle que la curiosité survive à l’éducation formelle » – Albert Einstein

L’éducation serait donc néfaste à la curiosité ? À mesure que nous nous éloignons des méthodes pédagogiques traditionnelles de l’époque d’Einstein, nous créons du même coup de nouvelles façons d’encourager la curiosité dans un contexte d’apprentissage.

Voici quelques pistes :

– La curiosité perceptive sera dynamisée par l’expérience utilisateur qui emploie des stimuli visuels vifs et éclatants et une bonne dose d’éléments régulièrement renouvelés.

– La curiosité épistémique est facilitée par un parcours d’apprentissage autonome, c’est-à-dire un environnement pédagogique qui laisse l’apprenant libre de progresser et de choisir l’ordre dans lequel il appréhendera les différentes notions. Cela permet aux apprenants d’aller vers les informations qui leur sont directement utiles.

– Selon la théorie de la curiosité du différentiel d’information (Loewenstein, 1994 (3)), il est possible de promouvoir la curiosité en identifiant les différentiels d’information et en fournissant de faibles quantités d’information sur un sujet afin de susciter l’intérêt de l’apprenant.

– La curiosité des apprenants à propos d’un sujet ou d’une question est plus grande lorsqu’ils ont certaines connaissances mais manquent d’assurance (cf. Kang et al, 2009 (2)). Il faut donc prendre cela en compte dans le choix des contenus de formation. De même, poser des questions au début d’un cours peut aider à évaluer le niveau d’assurance de l’apprenant et donc susciter sa curiosité.

– L’approche pédagogique doit reposer sur des tâches qui stimulent la curiosité telles que l’investigation, la recherche, l’expérimentation, etc.

– Il existe des façons de récompenser la curiosité. Fournir des indicateurs au sein de la plateforme d’apprentissage permet aux responsables de formation d’utiliser ces informations pour mettre en place des récompenses adéquates.

Quels enjeux pour les ressources humaines ?

D’une façon générale, la curiosité est une information précieuse pour les RH, car elle a été identifiée comme une « variable importante dans la prédiction et l’explication des comportements liés au travail » (Mussel, 2013 (4)). Au vu de l’importance sans cesse croissante accordée à l’employabilité, on peut supposer que la curiosité va elle aussi gagner en importance. La capacité de se former tout au long de la vie est cruciale aujourd’hui au sein de la population active afin de pouvoir améliorer et mettre à jour ses compétences. Cela permet de maintenir un haut niveau d’employabilité alors même que les emplois et les compétences qu’ils requièrent évoluent rapidement (cf. World Economic Forum: Future of Jobs Report.) Autre avantage d’avoir des collaborateurs curieux : ils vont contribuer au potentiel d’innovation de l’entreprise, notamment dans le cadre de la « mort du management du haut vers le bas » (cf. John Bell: How Vital is Curiosity Within the Workforce?).

Références :

1) Kidd, C. & Hayden, B. Y. (2015). The Psychology and Neuroscience of Curiosity. Neuron 88, 449-460.

2) Kang, M.J., Hsu, M., Krajbich, I.M., Loewenstein, G., McClure, S.M., Wang, J.T.Y., and Camerer, C.F. (2009). The wick in the candle of learning: epistemic curiosity activates reward circuitry and enhances memory. Psychological Science 20, 963–973.

3) Loewenstein, G. (1994). The psychology of curiosity: a review and reinterpretation. Psychological Bulletin 116, 75–98.

4) Mussel, P. (2013) Introducing the construct curiosity for predicting job performance. Journal of Organizational Behaviour 34(4), 453-472.

 

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